16 juin 2008
La santé: chronique d'une mort annoncée
Nicolas Sarkozy et ses porte-parole sont unanimes : les français attendaient des réformes et c'est dans ce sens que le gouvernement agit.
Les annonces de fermeture des tribunaux, puis des hôpitaux se succèdent.
Le personnel médical, les élus, les patients potentiels que nous sommes, tout le monde est pourtant mécontent. Pourquoi ?
Représentant 11% du PIB (produit intérieur brut), le secteur de la santé mérite effectivement une attention particulière et une vigilance de tous les instants pour éviter le gaspillage.
C'est la raison pour laquelle, depuis une trentaine d'années, la réorganisation du secteur est entreprise afin de mieux répondre à la demande de soin par une bonne répartition géographique, tout en respectant les contraintes financières. Cette réorganisation s'inscrit dans une régionalisation des services.
Cette recomposition de l'offre de soin doit répondre aux impératifs de réforme globale de notre système de santé visant, pour des raisons économiques, à marier secteur public et secteur libéral.
Les grandes lignes ainsi définies forment une base consensuelle.
Tout dérape dans l'application.
Les choix de baisser le numerus clausus en fac de médecine, d'appliquer les 35 heures sans nouvelle embauche déciment le personnel de santé.
L'hémorragie est aujourd'hui accentuée par la politique libérale qui consiste à diminuer les charges de l'Etat, donc le nombre de fonctionnaires, surtout si parallèlement, comme le prétend le Gouvernement, il convient d'améliorer les revenus de ceux-ci.
Il s'agit là d'un premier effet des promesses de Nicolas Sarkozy. C'est un effet mécanique.
Le reste est d'ordre moral.
Depuis la généralisation de la tarification à l'activité, en 2007, les mêmes contraintes financières pèsent sur l'ensemble des établissements, qu'ils soient publics ou de régime libéral.
Pourtant, force est de constater que les vocations des deux secteurs diffèrent énormément :
Outre sa vocation de soin, l'hôpital public assume des missions d'enseignement, de recherche, d'éducation. L'Hôpital prend en charge les cas médicalement les plus complexes et accueille les publics les plus défavorisés (par exemple les bénéficiaires de la CMU).
De leur côté, les cliniques, moins contraintes dans leur gestion d'un personnel sous contrat privé, concentrent leurs activités sur des soins programmables, bien pris en charge, allant même jusqu'à se spécialiser de manière à standardiser la prise en charge des patients. Aucune obligation de service minimum ne pèse sur elles. Rien n'interdit non plus aux praticiens libéraux et aux cliniques privées d'imposer à leur patients des dépassements d'honoraires.
Ainsi, les hôpitaux publics ont les charges les plus lourdes et les cas les moins rentables au regard de la tarification à l'activité, permettant aux cliniques du secteur privé de chipoter dans le vivier des patients pour s'assurer de confortables bénéfices. La chasse aux patients "rentables" est un enjeu stratégique de la politique libérale de la santé.
Voilà pourquoi les urgences de Quimperlé, de Concarneau, de Pont L'abbé, le service des allogreffes du CHU de Brest, la chirurgie à Landerneau, le service de gynécologie obstétrique de l'hôpital de Carhaix, disparaissent du paysage de la santé dans le Finistère alors que la population augmente et vieillit. La situation de Carhaix paraît d'autant plus préoccupante qu'elle se traduit par un éloignement de tout un secteur des centres de soin. La désertification de cette zone est une menace sérieuse, alors que les départements bretons et la Région avaient, depuis des années, su investir pour soutenir son activité et développer son attractivité.
Pourtant les moyens pour mettre en œuvre une politique de santé cohérente existaient jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy choisisse de faire un paquet cadeau fiscal, entre autre à 441 contribuables bretons qui ont pu économiser chacun 14.448 euros (ce qui est peut-être peu pour chacun d'eux mais qui au total représente 6.371.502) euros qui auraient permis d'améliorer un service de santé pour tous.
Pour la France, ce paquet-cadeau fiscal atteint 221.489.413 euros, augmenté de nouveaux avantages fiscaux du fait de la loi TEPA qui abaisse le plafond imposable de 60 à 50% et permet en outre de considérer comme imposition les sommes versées par ces heureux contribuables au titre de la CSG et de la CRDS.
Nicolas Sarkozy fait ce qu'il a dit, avec détermination. Il ne se laissera pas impressionner par les millions d'autres bretons qui souffriront des décisions prises dans le domaine de la santé pour satisfaire des amis ultra libéraux. Que vaut d'ailleurs la vie d'un être humain payé au SMIC ? Elle ne présente pas plus d'intérêt que la vie d'un esclave pour un pharaon.
Ne nous y trompons pas. Il s'agit bien là d'un choix politique ultra libéral que les porte-parole du Gouvernement voudrait faire passer pour une attente consensuelle, les grévistes étant de vulgaires fauteurs de troubles dont il s'agit tout au plus, comme pour les grèves d'enseignants, d'atténuer les effets en anesthésiant les usagers.
Le système libéral est sur les rails. Le train est lancé. Attendrons-nous d'être dans le mur pour réagir ?
