Il y a des débats qui respirent les arrière-pensées. Celui sur l’identité nationale n’échappe pas à ce

défaut. Le choix du ministre : un transfuge du parti socialiste qui a changé d’identité en cours de route.

Le choix du ministère : celui dont l’intitulé lie immigration et identité, sans qu’on sache si la première nuit

à la seconde. Il aurait mieux valu un débat ouvert par le Premier Ministre lui-même. Le choix du

calendrier : une conclusion en février qui précède une élection en mars ! Le choix des circonstances :

annoncer le débat entre l’expulsion de trois afghans par Eric Besson et le discours de Nicolas Sarkozy à

Poligny qui rappelle le lien entre la terre et l’identité, c’est signifier que l’étranger dérange quand la terre

enracine. Le choix des lieux : valaient mieux les locaux de l’Université plutôt que ceux de la Préfecture.

Pour moi, tout cela est déjà un marqueur : à droite la terre toujours, à gauche l’Homme d’abord.

Ceci étant repéré, il faut dire ce que l’on pense : l’identité de la France, donc des Français, est

parfaitement connue. Elle est bien définie. Ses sources sont parfois anciennes. La Déclaration des

Droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 en constitue le socle, puisqu’elle fait partie du bloc

constitutionnel actuel. La faire apprendre présenterait le même intérêt que chanter la Marseillaise. La

devise de la République, choisie en 1848, suffit à permettre un large rassemblement autour d’elle. La

Laïcité, incarnée par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, est acceptée par tous. La

langue française est notre langue commune et partagée. L’histoire de la France est libre de recherche,

elle doit être apprise dans la vérité, et non dans le repentir. Tout cela est ancien, mais si présent. Ceux

qui se reconnaissent dans ces jalons se sont retrouvés dans la Résistance de 1940 à 1945, dans la

construction européenne à partir de 1950, dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10

décembre 1948.

Moi-même, Maire de Quimper, j’ai voulu redonner sens à tout cela, en réveillant les cérémonies du 14

juillet et en célébrant, avec le député Jean-Jacques Urvoas et la sénatrice Maryvonne Blondin,

l’instauration de la Première République chaque 21 septembre. C’était en 1792.

A mes yeux, il ne s’agit donc pas de redéfinir ou de renouveler notre identité. Comment perpétuer ces

valeurs qui nous animent et ces principes qui nous guident est une meilleure question. Comment les

transmettre dans une France ouverte à la mondialisation, engagée dans l’Union Européenne, avec une

population qui sera de plus en plus brassée et métissée dans le XXIème siècle ? Mais c’est trop

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demander au gouvernement : il devrait admettre que l’immigration est plus une chance qu’une menace

pour la France.

Plusieurs lectures sont conseillées par les organisateurs de ce débat : les écrits de Victor Hugo, Jean

Jaurès, Ernest Renan, Jules Michelet, Fernand Braudel. Qu’au moins ce débat ait le mérite de les

ressortir ! J’ajoute un autre auteur : Amin Maalouf et son beau livre « Les identités meurtrières ». C’est

un libanais qui sait de quoi il parle, car il sait de quoi vit son peuple. Son analyse et sa démonstration est

la suivante : un être humain ne peut pas, ne doit pas être réduit à une seule appartenance, car il

deviendra intolérant à ceux qui ne la partagent pas. Nous sommes tous des « multi-appartenants »,

des « multi-identitaires ». Je suis Français, mais de Bretagne, et avec l’Europe. Restons-en là !

Comment enfin ne pas inciter à la lecture de « composition française », le livre de Mona Ozouf paru au

printemps 2009 aux Editions Gallimard. Eric Besson devrait méditer cette phrase de cette grande

philosophe et historienne française :

« Dans une société de la division, de la contradiction, de la mobilité, aucune appartenance n’est

exclusive, aucune n’est suffisante à assurer une identité, aucune ne saurait prétendre exprimer le moi

intime de la personne, si bien qu’on peut se sentir à la fois, français, breton, chercheur, fils, parent,

membre d’un parti, d’une église, d’un syndicat ou d’un club. Chacun doit composer son identité en

empruntant à des fidélités différentes…. Rien ne serait plus néfaste, en effet, que devoir se considérer

en toutes circonstances et exclusivement comme juif, breton, catholique, ou tout ce qu’on voudra, mais

une telle contracture ne correspond en rien désormais à la réalité de nos vies » (pages 242-243)

Bernard Poignant

Maire de Quimper

www.mairie-quimper.fr

« Unis dans la diversité »